mardi 10 juin 2008

Les démocrates, socialistes américains?






Compte-rendu de l'intervention faite le samedi 12 avril 2008.

Le parti démocrate est considéré à juste titre comme la gauche du monde politique américain. Cependant, ses idées, ses valeurs, transposées dans un contexte européen en ferait un parti certes moderne et libéral, mais plutôt classé à droite, attaché depuis toujours comme ses concurrents républicains à l'économie de marché, au libéralisme et à la défense de la classe moyenne.
Aujourd'hui les sociaux-démocrates européens acceptent l'économie libérale mais adoptent vis à vis d'elle une posture critique qui s'explique par leur héritage historique marxiste et internationaliste.


Au début du XXème siècle, de nombreux auteurs américains s'inquiètent de la question sociale aux États Unis et critiquent les conséquences du libéralisme sur la classe ouvrière (London, Sinclair...). Le paysage industriel américain de l'époque est terriblement brutal. C'est dans ce contexte qu'en 1901, le parti socialiste américain est créé. Il est mené par Eugène Debs qui sera 5 fois candidat à la présidence des États Unis. Il aura jusqu'à 100 000 membres, 1 200 élus dans 340 municipalités et 500 000 abonnés au Appeal to reason, son principal organe de presse.

Cette poussée socialiste force les dirigeants américains (Roosevelt, Taft, Wilson) de 1901 à 1921 à mener une série de mesures réformistes qui ont toutes un objectif conservateur : lois plaçant une partie de l'activité économique sous le contrôle de l'état ; impôt sur le revenu ; réglementation des salaires et des horaires.


Face à la crise économique des années 30, le président démocrate Franklin Roosevelt lance une politique intitulée le New Deal.

Elle est animée par le pragmatisme du président, pour qui l'intervention de l'état est la solution la plus évidente pour résoudre la crise américaine.
Les réformes se succèdent : des lois techniques, le Welfare State (relance de la consommation par la dépense gouvernementale et grands travaux face au chômage ; de nouveaux rapports entre le gouvernement, les entreprises et les salariés) et le Social Security Act, couverture sociale assurée par le gouvernement fédéral pour les plus démunis.

L'influence de Keynes se fait sentir mais le pragmatisme de Roosevelt est très éloigné du socialisme réformiste du Front Populaire.


De 1900 à 1945, les États Unis ont connu sur leur sol des mouvements syndicaux ou politiques portant la question sociale. Ils ont même pu, comme le Parti socialiste avant 1914, avoir une audience importante. Cependant, face à ces mouvements, l'état et les partis dominants ont apporté successivement des réponses réformistes et légales, ou violentes, pour limiter la portée de toute contestation sociale.

Après la seconde guerre mondiale, et avec la guerre froide, il est encore plus difficile de porter une pensée socialiste, forcément suspectée de relayer les idéaux de l'ennemi russe. Quant au mouvement des droits civiques, il sera lui aussi récupéré et exploité par le camp démocrate, notamment dans les années 60 sous les présidences Kennedy et Johnson.

Enfin, lors de la présidence de Bill Clinton de 1992 à 2001, les États Unis ont connu une période de succès économique (22 millions d'emplois créés ; le taux de chômage le plus bas depuis 30 ans) et des succès diplomatiques (Accords d'Oslo) mais la réforme de l'assurance maladie n'a pas pu se faire, des lois sécuritaires ont été votées et des scandales économiques et médiatiques ont éclaté (même si pour la plupart ils ont été éventés).



Difficile alors de rapprocher, sur un plan historique, démocrates américains et socialistes français.
Aujourd'hui, il convient d'éviter toute confusion hâtive et erronée entre Barack Obama, tout nouveau candidat démocrate pour les élections de 2008 , et n'importe quelle figure de proue du Parti socialiste français, que seule rassemble la volonté de changement.

Guillaume Bellicchi

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